Ses moustaches sont célèbres dans tout Bruxelles, sa passion du cinéma de création tout autant. Ce que l’on connaît moins bien est son parcours des salles de son Maroc natal à celles du Styx et de l’Actor’s Studio. Son passage à l’IDHEC et son désir de réaliser des films de photographier la vie avec une curiosité inlassable et de la raconter la capter avec des mots puisqu’il va publier un texte dans le premier semestre de l’année 2012.

Première expérience du cinéma au Maroc où il est né : « la première fois qu’on entre au cinéma en resquillant, on arrive au milieu du film. On ne voit pas l’écran blanc. On voit un western avec des chevaux qui entrent et sortent de l’écran, c’est impressionnant. On était toute une bande à être mordu. C’est créatif, récréatif et communicatif.»
Mais que faire pour perpétuer sa passion ? Inutile d’en parler en famille. Faire du cinéma, cela ne se fait tout simplement pas. Il faut étudier quelque chose de sérieux comme la médecine, par exemple. A force d’insister, Claude obtient gain de cause et étudie le droit et le cinéma à Paris, à la fin des années cinquante, une époque où le cinéma explore de nouvelles formes. Après sa dernière année de droit, il vient s’installer à Bruxelles.

Il commence par y monter une pièce de théâtre aux Beaux-Arts. En 1968, après avoir fait des photos de manifestations, de l’occupation à l’ULB, il fonde un journal de cinéma qu’il édite pendant un an : Trépied. Un an plus tard, il ouvre un endroit qui va devenir mythique et symbolique pour les cinéphiles : la salle du Styx, rue du Prince Royal.

Le cinéma, pour lui, ne consiste pas à ne faire que du commerce, à diffuser des films à rotation rapide, censés rapporter un retour sur investissement ultrarapide. « Un film s’apprivoise comme une maison. L’Actor’s studio défend un film belge ou d’auteur jusqu’à ce qu’il épuise son potentiel de spectateur. Quand on enlève un film de l’affiche, on est quasi certains que seule une centaine de personne, à Bruxelles n’a pas vu le film. Je fais une programmation diversifiée qui convient à notre public, avec matinée scolaire, séances pour les jeunes, les seniors, avec collation à l’appui.
On ne peut pas sortir onze films différents toutes les semaines. C’est impossible ! Personne n’a le temps – aussi riche fut-il – de voir une dizaine de films chaque semaine. On travaille. Même les blockbusters, qui font un one shot sont amortis après deux semaines. Ils récupèrent les copies. Ils les coupent à la hache. Pour moi, le cinéma ce n’est pas ça ! Les films ont une durée de vie plus grande, ils entrent dans l’histoire du cinéma. »

Claude Diouri a réalisé quelques courts métrages et est devenu coproducteur à la fin du siècle dernier : un rôle qu’il a refusé de continuer d’assumer. « Ou bien on est producteur ou bien réalisateur. Pas les deux à la fois. »